Introduction : pourquoi un appel autour des interventions non médicamenteuses ?
Les interventions non médicamenteuses (INM), telles que l’activité physique adaptée, les approches nutritionnelles, les techniques cognitivo-comportementales ou encore certaines médecines complémentaires, connaissent depuis plusieurs années un intérêt croissant tant du côté des patients que des professionnels de santé et chercheurs. Nombre d’études scientifiques mettent en évidence leurs bénéfices dans la prévention comme dans le traitement des maladies chroniques, mais aussi dans le maintien du bien-être.Pourtant, leur place demeure souvent marginale dans les recommandations de pratiques cliniques et les politiques publiques, en raison d’une reconnaissance institutionnelle encore limitée. C’est dans ce contexte qu’en juillet 2019 a été lancé l’Appel de Montpellier, une initiative portée par des chercheurs, cliniciens et acteurs engagés pour la structuration scientifique et institutionnelle des INM.
Important : Les informations présentées dans cet article ont un caractère informatif général et ne sauraient se substituer à un avis médical individualisé.
Les enjeux de l’Appel de Montpellier 2019
L’Appel de Montpellier s’articule autour de plusieurs enjeux majeurs pour l’écosystème des INM :- Reconnaissance scientifique : Promouvoir une évaluation rigoureuse des INM, encourager la production de données selon les standards de la médecine fondée sur les preuves (evidence-based medicine), avec des essais cliniques randomisés, des revues systématiques et méta-analyses.
- Structuration académique et institutionnelle : Plaider pour la création d’un cadre réglementaire et universitaire clair pour la recherche, la formation et la certification autour des INM.
- Intégration aux parcours de soins : Favoriser l’inclusion des INM dans les recommandations officielles et parcours de soins, pour lutter contre la surmédicalisation et répondre à des besoins croissants de prévention et d’accompagnement de maladies chroniques (diabète, cancer, maladies cardiovasculaires, troubles anxieux, etc.).
- Protection du public contre les dérives : Encadrer la pratique des INM en s’appuyant sur des preuves robustes pour éviter les risques de dérive, de pratiques non évaluées ou sources de perte de chance pour les patients.
Le texte de l’Appel : principales revendications
L’Appel de Montpellier, rendu public lors du colloque international iCEPS 2019, formule plusieurs axes de revendication :- Accélérer la recherche sur l’efficacité des INM (niveau de preuve, critères d’évaluation adaptés, analyses coût/bénéfice).
- Assurer la diffusion des résultats robustes auprès des professionnels de santé et du grand public, en évitant le recours à des allégations non fondées.
- Intégrer les INM validées dans les recommandations des autorités sanitaires : Haute Autorité de Santé (HAS), Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
- Encadrer leur enseignement dans les filières universitaires et formation continue des professionnels de santé.
- Protéger les patients en promouvant un exercice basé sur les preuves et encadré sur le plan éthique et déontologique.
Qui sont les signataires ? Un large front d’experts et d’organismes
L’Appel de Montpellier a réuni un large éventail de signataires issus du monde académique, médical, associatif et institutionnel.Parmi les soutiens figurent :
- Des sociétés savantes : Société Française de Psychologie, Société Française de Santé Publique
- Des chercheurs d’organismes publics : INSERM, CNRS, laboratoires universitaires spécialisés en santé publique, neurosciences, activité physique et santé mentale
- Des associations d’usagers et de patients
- Des fédérations professionnelles : Fédération Française des Masseurs-Kinésithérapeutes, Association Française des Diététiciens Nutritionnistes
- Des représentants de l’OMS France et de la HAS (en tant que participants aux réflexions, non comme caution formelle)
Leur engagement traduit l’attente d’un positionnement clair vis-à-vis de la place des INM dans le système de santé.
Pourquoi cet appel ? Le contexte scientifique et sociétal
L’Appel s’inscrit dans un contexte marqué par :- La montée des maladies chroniques : Plus d’un adulte sur trois en France vit avec une maladie chronique selon Santé Publique France (source), rendant nécessaire des stratégies combinant pharmacologie et interventions comportementales ou psychosociales.
- La médecine fondée sur les preuves : Les autorités sanitaires insistent depuis 2011 (HAS, OMS) sur la nécessité d’intégrer les interventions validées scientifiquement dans les prises en charge, incluant l’activité physique, la nutrition, la gestion du stress et l’éducation thérapeutique.
- L’essor du concept de santé globale et durable, qui vise à combiner prévention, traitements validés et accompagnement du patient dans sa trajectoire de vie.
Toutefois, l’évaluation des INM souffre de défis méthodologiques : hétérogénéité des protocoles, difficultés de randomisation dans des interventions complexes, faiblesse ou absence de groupes comparateurs, etc. Les chercheurs appellent donc à adapter les outils d’évaluation aux spécificités des INM tout en maintenant l’exigence méthodologique.
Typologie, niveaux de preuve et reconnaissance institutionnelle des INM
Les INM englobent des domaines variés, avec des niveaux de preuves et de reconnaissance institutionnelle très différents.Le tableau ci-dessous schématise cette diversité :
| Type d’INM | Indication | Niveau de Preuve (HAS/OMS) | Reconnaissance officielle en France |
|---|---|---|---|
| Activité physique adaptée (APA) | Prévention, diabète, cancer, maladies cardio-vasculaires | Elevé (grade A/B selon indication) Recommandée (HAS, 2011 ; OMS, 2020) | Oui, intégrée dans le parcours de soins |
| Psychoéducation, thérapies cognitivo-comportementales | Dépression, troubles anxieux, addictions | Elevé (grade A pour TCC dans la dépression et l’anxiété) | Oui, dans les recommandations HAS |
| Nutrithérapie, interventions diététiques | Obésité, diabète de type 2 | Moyen à élevé (grade B/A selon la pathologie) | Oui, recommandations HAS 2020 |
| Méditation pleine conscience | Douleurs chroniques, santé mentale | Modéré (grade B), selon indications | Partiel, en fonction des pratiques |
| Hypnose médicale | Douleur, anxiété, sevrage tabagique | Modéré (grade B), variable | Incluse dans certains centres hospitaliers |
| Acupuncture | Divers, douleurs, troubles du sommeil | Variable (grade C ou non établi) | Reconnaissance partielle, non systématique |
Cette hétérogénéité justifie l’appel à une clarification et une structuration des politiques de reconnaissance des INM.
Premiers impacts de l’appel pour la reconnaissance des INM
L’Appel de Montpellier a eu plusieurs retombées concrètes :- Mobilisation accrue des chercheurs et professionnels de santé autour de projets de recherche multicentriques sur les INM, tels que l’étude "SENIORINVEST" sur l’activité physique dans le vieillissement (INSERM, 2022), ou le programme PREVAPAD sur la nutrition et le diabète.
- Appui au développement de filières universitaires : masters et DU (Diplôme Universitaire) créés sur les INM à Montpellier, Paris, Lyon, facilitant la formation de nouveaux professionnels experts.
- Émergence de recommandations officielles : la HAS a intégré en 2021 de nouveaux chapitres sur l’activité physique adaptée (« prescription d’APA chez l’adulte », 2021), et prévoit d’étendre ce travail à d’autres INM.
- Dialogue renforcé entre acteurs : coopération entre sociétés savantes, usagers et institutions publiques (cf. Plateforme CEPS – source).
Toutefois, certains freins persistent : insuffisance de financement public pour la recherche indépendante, manque d’études à forte puissance statistique sur certaines pratiques, disparités territoriales dans l’accès aux INM.
Quelles limites et perspectives ?
L’appel de Montpellier n’efface pas les défis méthodologiques ni les limites de l’approche actuelle :- Variabilité de la qualité scientifique des études sur les INM : nombre limité de méta-analyses robustes pour certaines pratiques.
- Manque de standardisation : protocoles parfois hétérogènes, rendant difficile la comparaison interétudes.
- Données encore insuffisantes pour certaines INM (yoga, acupuncture) qui justifient un positionnement prudent sur leur efficacité.
Mais les perspectives ouvertes par l’appel sont nombreuses :
- Encourager la recherche à grande échelle et des méthodologies innovantes adaptées aux particularités des INM (modèles hybrides, critères orientés patients).
- Renforcer le dialogue entre scientifiques, cliniciens, patients et décideurs pour une médecine intégrative fondée sur la preuve.
- Éviter les discours polarisants (enthousiasme injustifié ou rejet systématique), au profit d’une approche nuancée portée par la science.
FAQ : questions fréquentes sur l'Appel de Montpellier 2019 et la reconnaissance des INM
1. L’Appel de Montpellier vise-t-il à opposer INM et médicaments ?Non. Il s’agit de promouvoir une association raisonnée, fondée sur la preuve, entre interventions non médicamenteuses et traitements pharmacologiques, non de les opposer ou de les substituer.
2. Existe-t-il des INM à l’efficacité comparable aux médicaments ?
Pour certaines indications précises (ex : activité physique dans la prévention secondaire des maladies cardiovasculaires, ou TCC dans la dépression), les recommandations internationales placent les INM au même niveau que les médications, mais cette équivalence n’est pas généralisable à toutes les INM ni à toutes les situations (cf. HAS 2021, OMS 2020).
3. Où trouver des informations validées sur les INM ?
Sites des autorités de santé (HAS, OMS), bases Cochrane, publications de l’INSERM ou de la Plateforme CEPS (lien), et le site iCEPS : www.iceps2019.fr.
4. Un professionnel de santé peut-il prescrire à ce jour toutes les INM ?
Non. Seules certaines INM sont prescrites et remboursées dans un cadre spécifique (ex : APA sur ordonnance, TCC). Pour d’autres, l’encadrement législatif ou les recommandations manquent encore, justifiant la nécessité d’un cadre renforcé.
5. Les INM sont-elles sûres ?
Globalement, les INM fondées sur la preuve présentent un rapport bénéfice/risque positif, mais toute intervention peut présenter des effets indésirables. La sélection rigoureuse et l’encadrement professionnel sont essentiels.
Conclusion : un jalon pour l’avenir des INM et une vigilance nécessaire
L’Appel de Montpellier 2019 constitue une étape importante dans la structuration et la reconnaissance des interventions non médicamenteuses. Il a contribué à sensibiliser la communauté scientifique, médicale et le grand public à la nécessité d’une approche rigoureuse, fondée sur les preuves, dans l’évaluation et l’intégration des INM au système de santé.Mais la vigilance reste de mise : la science progresse, les preuves s’accumulent, mais le niveau d’exigence et la transparence sur ce qui est prouvé ou en cours d’évaluation restent indispensables. Seul un dialogue continu entre chercheurs, professionnels de santé, patients et décideurs politiques permettra aux INM de trouver leur juste place, au service d’une santé globale, durable et responsable.
Les informations de cet article sont données à titre général et ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas de doute sur une INM ou une indication, il est essentiel de demander conseil à un médecin ou à un professionnel qualifié.
La recherche au service d’une santé durable