Pourquoi l’évaluation rigoureuse des INM est cruciale aujourd’hui ?

À l’heure où la prévention et la gestion des maladies chroniques deviennent centrales dans nos politiques de santé, les interventions non médicamenteuses (INM) – comme l’activité physique, la nutrition, la gestion du stress ou l’accompagnement psychologique – prennent une place majeure. Mais sur quoi se base-t-on pour les recommander ? Qui valide leur efficacité “à la française” ? En France, c’est principalement la Haute Autorité de Santé (HAS) qui joue ce rôle essentiel d’arbitre scientifique et méthodologique.

L’épidémiologie le montre : près de 38% des années de vie en bonne santé perdues en France (et près de 45% des décès prématurés) sont liés à des déterminants du mode de vie et donc, potentiellement modifiables par des INM.1 L’enjeu n’est pas qu’individuel : il est collectif, sociétal, économique. Mais comment trier le vrai du faux dans cette palette d'approches qui va du très sérieux au douteux ?

Qui est la Haute Autorité de Santé et quels sont ses mandats ?

Créée en 2004, la HAS est une autorité administrative indépendante. Son objectif : garantir la qualité des soins via l’évaluation des pratiques, des technologies et des organisations de santé. Si son nom évoque spontanément les médicaments ou dispositifs médicaux, son périmètre s’étend depuis plus d’une décennie à tout ce qui intervient dans la prévention, y compris les INM.2

  • Mission d’évaluation : Confronter données scientifiques et pratiques réelles ; établir le “niveau de preuve”.
  • Élaboration de recommandations de bonnes pratiques : Guides pour les professionnels et le public.
  • Contributions aux parcours de soins : INM intégrées dans la stratégie nationale de santé (ex : Programme National Nutrition Santé).

La HAS produit entre 80 et 100 publications/an, dont plusieurs concernent chaque année les INM, soit de façon spécifique, soit intégrées à des recommandations plus globales (maladies chroniques, troubles mentaux, etc.).

Comment la HAS évalue-t-elle les INM ? Méthodologie et critères de validation

Une INM est évaluée avec la même rigueur qu’un médicament. La HAS applique une grille méthodologique fondée sur les standards de la littérature scientifique internationale et les principes de la médecine fondée sur les preuves : revue systématique, méta-analyses, études de cohorte, essais contrôlés randomisés (ECR).

Les principaux critères utilisés :

  • L’efficacité clinique : Sur la morbidité, mortalité, qualité de vie, capacité fonctionnelle...
  • La sécurité : Effets indésirables, interactions, conditions de mise en œuvre.
  • L’applicabilité : Faisabilité dans le contexte français : infrastructures, acceptabilité, recours par les professionnels.
  • L’efficience : Rapport bénéfices/coûts, impact sur l’organisation du système de soins.
  • Réalités d’usage : Prise en compte des freins (sociaux, culturels, économiques) et des facilitateurs.

Une métaphore utile : Une INM agit comme une ceinture de sécurité : elle ne prévient pas l’accident, mais elle en réduit les conséquences.

Exemple concret : pour l’activité physique adaptée chez les patients diabétiques, la HAS se base sur de grandes études multicentriques, des registres nationaux et des scores composites de “qualité de vie” validés internationalement.3

Des exemples d’INM évaluées et recommandées par la HAS

Les INM évaluées par la HAS ne se limitent pas à la nutrition ou au sport. Leur spectre s’est élargi de façon significative depuis dix ans :

  • Éducation thérapeutique du patient (ETP) : Reconnue dans l’asthme, le diabète, les maladies cardio-vasculaires.4
  • Psychothérapies structurées : TCC (thérapies cognitivo-comportementales) pour la dépression, les addictions, les troubles anxieux.
  • Programmes de réentraînement à l’effort : En cancérologie ou pathologies respiratoires chroniques.
  • Soutien à la parentalité et prévention du burn-out : Groupes de parole, interventions de psychoéducation.
  • Prises en charge dyspraxie ou troubles DYS (enfants/adolescents) : ergothérapie, orthophonie.

À partir de ces évaluations, la HAS développe des recommandations, par exemple : “Il est recommandé d’intégrer l’activité physique adaptée dans la prise en charge du diabète de type 2” (cf. recommandations 2023).

Quels sont les bénéfices concrets de l’intervention de la HAS ?

L’intervention de la HAS a eu plusieurs impacts tangibles :

  • Légitimation et diffusion : Une INM recommandée par la HAS gagne en crédibilité auprès des prescripteurs, assureurs et institutions.
  • Équité d’accès : Inclusion de certaines INM dans le panier de soins pris en charge (ex : ETP).
  • Impulsion à la prévention : Mise à l’agenda politique de la prévention (ex : activité physique prescrite sur ordonnance dans l’ALD – affection longue durée – depuis la Loi de modernisation du système de santé de 2016).
  • Développement de formats validés : Standardisation des pratiques (protocoles d’atelier, trames d’entretiens, outils pédagogiques).

On estime que la prescription de l’activité physique en ALD concernerait désormais plus de 120 000 personnes/an en France, chiffre en nette croissance selon l’Assurance Maladie (2022).

FAQ : Questions fréquentes sur la HAS et l’évaluation des INM

  • La HAS homologue-t-elle chaque programme individuel d’INM ?

    Non. Elle évalue une famille d’INM, formule des recommandations de principe, et indique les niveaux de preuve pour chaque indication. Elle ne donne pas d’agrément “programme par programme”.

  • L’avis de la HAS est-il toujours suivi d’un remboursement par la Sécurité Sociale ?

    Pas systématiquement. L’avis de la HAS nourrit un processus plus large d’inscription sur la Liste des actes et prestations (LAP) et implique le ministère, l’Assurance Maladie et les institutions partenaires.

  • Quelles différences avec d’autres agences internationales ?

    La HAS s’inspire du NICE britannique ou de l’IQWiG allemand, mais adapte ses méthodologies et recommandations à l’organisation singulière du système de santé français.

  • Toutes les INM sont-elles recommandées ?

    Non. Seules celles ayant fait la preuve de leur efficacité, sécurité et faisabilité sont promues. Ainsi, les programmes “miraculeux” ou basés sur des preuves anecdotiques sont systématiquement exclus.

Quels sont les défis et limites actuels ?

Le champ des INM étant vaste, la HAS fait face à plusieurs défis méthodologiques et organisationnels :

  • Variabilité des études : La majorité des données disponibles sur certaines INM (ex : méditation pleine conscience, hypnose) sont issues de petits échantillons ou présentent des biais méthodologiques.
  • Temps de transfert recherche-pratique : Il faut en moyenne 17 ans pour que de nouvelles preuves scientifiques soient adoptées dans la routine clinique, tous domaines confondus (source : US Institute of Medicine).
  • Accessibilité : Tous les publics ne bénéficient pas de la même accessibilité aux INM, notamment ceux en zones rurales ou précaires.
  • Reconnaissance professionnelle : Des métiers liés aux INM (ex : enseignants APA, art-thérapeutes) restent encore insuffisamment structurés ou reconnus.

Pistes pour l’avenir et ressources complémentaires

La reconnaissance des INM va continuer de progresser à la faveur des chantiers en cours :

  • Développement de la recherche interventionnelle : L’INSERM, l’ANRS et la HAS multiplient les appels à projet pour faire émerger des études de meilleure qualité sur les INM.
  • Digitalisation : Développement de programmes “e-INM” (applications pour la gestion du stress, plateformes de télémédecine pour le coaching santé) en phase d’évaluation.
  • Formation médicale continue : Les universités intègrent, dans le DPC (Développement Professionnel Continu), des modules sur les INM validées.

Pour en savoir plus :

Évaluer les INM par des instances indépendantes comme la Haute Autorité de Santé n’est pas une barrière : c’est la condition pour que la prévention repose sur des fondations scientifiques solides et soit réellement au service de toutes et tous. Face à l’inflation de l’offre et des discours en santé, ce filtre est plus que jamais essentiel pour distinguer ce qui protège, ce qui soulage… et ce qui relève encore du mythe.

Sources :

  • (1) Santé Publique France. Baromètre Santé 2021, données sur les comportements de santé et leurs conséquences.
  • (2) Haute Autorité de Santé – Statut et missions
  • (3) Colberg SR, et al., "Physical Activity/Exercise and Diabetes: A Position Statement of the American Diabetes Association", Diabetes Care, 2016.
  • (4) Haute Autorité de Santé. Guide méthodologique « L’éducation thérapeutique du patient », 2020.

Pour aller plus loin

La recherche au service d’une santé durable