Pourquoi l’Europe investit-elle dans la prévention et les INM ?

En santé comme dans l’aviation, prévenir coûte moins cher que réparer après coup. L’UE dépense plus de 980 milliards d’euros par an en soins de santé (source : Eurostat, 2022), un montant supérieur à 7 % du PIB européen. Or, selon l’OMS Europe, environ 80 % des maladies cardio-métaboliques et plus de 30 % des cancers pourraient être évités grâce à des changements de mode de vie et des stratégies de prévention efficaces (OMS Europe). Il devient alors logique – et économique – de soutenir la recherche sur toutes les pistes d’actions préventives, dont les INM occupent une place stratégique.

Au niveau réglementaire et politique, l’UE promeut cette approche à travers plusieurs textes fondateurs (ex la stratégie « De la ferme à la table » pour l’alimentation, le European Food and Nutrition Action Plan, le Plan d'action européen contre le cancer), mais aussi par le biais de grandes enveloppes financières dédiées à l’innovation en prévention.

Panorama des principaux financements européens pour la prévention et les INM

Horizon Europe : le navire amiral

Le programme Horizon Europe (2021-2027), doté d’un budget de 95,5 milliards d’euros, vise à positionner l’UE comme un leader mondial de la recherche et de l’innovation. La Cluster Santé (Cluster 1) finance spécifiquement des projets sur :

  • La promotion de la santé et la prévention des maladies
  • Les interventions personnalisées, y compris les INM (alimentation, activité physique, gestion du stress, santé mentale, etc.)
  • L’amélioration de l’accès aux soins intégrés, en insistant sur la pluridisciplinarité

En 2022, près de 450 millions d’euros ont été spécifiquement alloués à des appels de projets liés à la prévention et aux INM – une progression de 30 % par rapport à 2018 (Commission européenne).

EU4Health : priorité à la résilience et à la prévention

Lancé en réaction à la crise Covid-19, le programme EU4Health (2021-2027, 5,3 milliards d’euros) appuie des actions concrètes :

  • Prévention des maladies chroniques (cancers, diabète, santé mentale…)
  • Réduction des inégalités d’accès à des solutions préventives éprouvées
  • Initiatives de littératie en santé et d’éducation thérapeutique
Il vise aussi particulièrement les projets transnationaux, renforçant la coopération entre pays et acteurs variés.

Des guichets spécifiques sur certaines INM

D’autres financements plus ciblés existent :

  • Programme LIFE : soutien à l’innovation en nutrition durable, réduction de l’obésité et promotion de l’activité physique.
  • European Innovation Council (EIC) : appui aux startups développant des outils, plateformes ou dispositifs connectés favorisant l’autogestion de la santé.
  • ERASMUS+ : financement d’initiatives éducatives autour de la santé, incluant la formation à la gestion du stress, à la nutrition ou à l’éducation physique.
  • FEDER (Fonds européen de développement régional) : soutien aux infrastructures de recherche et aux living labs sur les INM.

Focus sur les réseaux de coopération

L’Europe favorise les synergies : de nombreux appels d’Horizon Europe et de l’ERA-NET (European Research Area Network) spécifient la nécessité d’associer au moins trois partenaires de nationalités différentes. C'est un levier clé pour faire émerger des approches intégratives, casser les silos disciplines-institutions, et valider les INM dans des contextes multiculturels.

Aperçu de projets innovants financés : quand l’Europe propulse les INM

Pour mieux comprendre l’impact de ces financements, quelques exemples marquants illustrent la diversité des initiatives soutenues.

  • PROLEPSIS (H2020) : projet grec pour promouvoir la nutrition saine et l’activité physique chez les enfants défavorisés, ayant touché plus de 150 000 élèves (prolepsis.gr).
  • MyHealth : mise en place d’une plateforme numérique d’accompagnement nutritionnel et mental personnalisée pour les adolescents en Europe, financée à hauteur de 4 millions d’euros par Horizon 2020.
  • IMPACT_BIO : projet ERASMUS+ coordonnant la formation à la gestion du stress pour professionnels de santé dans 5 pays, incluant la France et la Belgique (Erasmus+).
  • BeWELL : initiative pilotée par vingt pays européens pour réduire la sédentarité chez les adultes, ayant démontré une réduction moyenne de 25 % des comportements sédentaires sur 2 ans (publication dans Int J Public Health, 2023).

Le parcours du chercheur européen : mode d’emploi pour accéder aux financements

Trouver et obtenir un financement européen peut sembler aussi complexe que de naviguer dans une ville inconnue sans plan. Pourtant, plusieurs clés ouvrent la voie :

  1. Identifier le bon guichet : Commencez par des plateformes-phares telles que Funding & Tenders Portal pour Horizon Europe ou le portail HaDEA pour EU4Health. Les résumés d’appels précisent les axes ciblés (prévention, obésité, nutrition, santé mentale, etc.).
  2. Constituer un consortium solide : Il faut en général au moins trois partenaires européens issus de pays différents et complémentaires (chercheurs, collectivités, industries, associations). Les living labs et centres de recherche spécialisés dans les INM sont de précieux relais.
  3. Valoriser l’innovation et l’impact : Les appels insistent bien plus sur la preuve d’efficacité, la transférabilité, et l’impact potentiel sur les systèmes de soins ou les politiques publiques.
  4. Impliquer le public cible : L’implication de patients, citoyens ou usagers dans la co-construction des projets est de plus en plus valorisée.
  5. Démontrer une approche éthique et responsable : Projets soumis à un strict encadrement éthique et de protection des données.

FAQ express : financer un projet INM grâce à l’Europe

  • Y a-t-il un taux de succès ? Pour Horizon Europe, le taux moyen de sélection des projets en santé varie de 10 % à 15 % (selon le rapport annuel 2023 de la CE).
  • Peut-on financer de la recherche appliquée sur les INM ? Oui, notamment dans les appels « proof of concept » ou « real world evidence » où les preuves de terrain sont centrales.
  • Faut-il être un grand laboratoire pour candidater ? Non, les SME (petites et moyennes entreprises), associations, voire start-ups sont fortement encouragées. Beaucoup de financements sont conçus pour des structures agiles ou innovantes.
  • Quels sont les montants moyens ? Les budgets par projet varient d’environ 100 000 euros à plus de 10 millions d’euros, selon appel et taille du consortium.

Quels impacts concrets pour la prévention et les INM ?

Les financements européens ne servent pas qu’à faire « avancer la science » de manière théorique : ils transforment directement la prévention et les INM dans la vie réelle, sur trois grands axes :

  • Validation scientifique : Les projets soutenus doivent systématiquement passer par des études de grande ampleur, souvent multicentriques, accélérant ainsi la robustesse des preuves (exemple : études randomisées sur la méditation pleine conscience ou sur les programmes d’éducation thérapeutique).
  • Diffusion et égalité d’accès : Les solutions validées sont partagées au sein de réseaux européens, facilitant leur adaptation dans différents systèmes de santé (ex. : le programme OpenUp Europe sur la santé mentale).
  • Effet d’entraînement politique : Les résultats influencent directement des réglementations nationales (plan vélo, stratégie nationale nutrition santé, etc.) et la construction de référentiels INM accessibles au public.

Ressources utiles et perspectives : où se former, où s’informer ?

Pour aller plus loin, quelques repères concrets :

L’impact des financements européens pour la prévention et les INM se compare à des courants souterrains : invisibles à l’œil nu, ils irriguent silencieusement le paysage de la santé publique, accélérant l’innovation, favorisant l’équité d’accès et multipliant les preuves. Alors que l’Europe prépare dès à présent ses futures priorités post-2027, la place de la prévention et des INM ne cesse de grandir dans l’agenda politique. Le défi reste d’accroître encore la visibilité de ces financements pour que chercheurs, innovateurs et acteurs de terrain s’en emparent, et qu’ensemble, nous puissions renforcer un modèle de santé plus préventif, plus inclusif, et scientifiquement validé.

Pour aller plus loin

La recherche au service d’une santé durable